L'embouteilleur de Coca-Cola en Haïti nie de manière systématique les droits des travailleurs-euses

Les employés de la brasserie Couronne, propriété de Coca-Cola en Haïti, ont fondé en mars dernier le syndicat SYTBRACOUR. Depuis, ils luttent pour faire valoir leurs droits syndicaux garantis par les normes internationales et prévus par la politique de Coca-Cola relative aux droits des employé-e-s au travail. L'embouteilleur de Coca-Cola a toujours tenté de s'interposer entre les travailleurs et leurs droits. Quatre des dirigeants syndicaux ont été licenciés et l'entreprise s'est bornée à dire au syndicat d'élire de nouveaux représentants.

La direction locale a affirmé, lors de réunions avec le personnel, qu'elle entreprendrait tôt ou tard de saper ce syndicat naissant et en licencierait les dirigeants et les membres.
L'embouteilleur refuse de reconnaître SYTBRACOUR et d'entamer sérieusement un dialogue pour résoudre les problèmes relatifs aux violations des droits et aux mauvaises conditions de travail qui affectent de longue date les employés.

Le syndicat avait soulevé la question des horaires trop longs qui ne respectaient pas le Code du travail haïtien. En réaction à ces demandes de négociation, la direction a unilatéralement et délibérément mis un terme aux contrats des employés des services de production, de livraison et du laboratoire dont étaient issus la majorité des syndicalistes. The Coca-Cola Company (TCCC) a été informée que tous les contrats de ces employés ont été formellement reconduits, mais SYTBRACOUR confirme que plus de 100 employés n'ont pas été réembauchés après la vague de licenciements du 15 mars 2018. La majorité de ces travailleurs licenciés étaient membres de SYTBRACOUR, parmi lesquels 20 dirigeants ou syndicalistes particulièrement actifs.

Suite à la réduction des horaires de travail abusifs, la brasserie a imposé de nouveaux emplois du temps qui ont fait que certains employés quittaient le travail à 22 heures. Haïti est confrontée à de graves problèmes d'insécurité, en particulier la nuit à cause du manque d'éclairage et de transports publics. Les employés dont le travail se termine à 22 heures ont peur de rentrer chez eux, et se retrouvent ainsi contraints de dormir à même le sol de l'usine, où ils reprennent le travail à 6 heures.

Suite à des audits effectués par TCCC, l'embouteilleur a changé ses pratiques non conformes au Code du travail haïtien : entre autres, les salaires des assistants de vente, qui étaient inférieurs au salaire minimum, ont été augmentés. Cependant, ces employés ne bénéficient toujours pas d'avantages sociaux ni de couverture santé. Comme aucune assurance ne leur est payée, lorsqu'ils sont victimes d'un accident, ces assistants de vente doivent payer de leur poche les frais médicaux. Parfois, les chauffeurs les aident financièrement.

Depuis novembre 2015, les assistants de vente n'ont plus de badge pour utiliser les toilettes de l'usine, et doivent donc se soulager à même le sol. Ils n'ont pas non plus de tenue de travail, ni d'horaires de travail prévus pour eux. La plupart d'entre eux doivent quitter leur domicile entre 4 et 5 heures du matin et attendre devant le portail de l'usine que les chauffeurs leur donnent leurs affectations. Ils travaillent 6 jours par semaine, et souvent aussi le dimanche. L'entreprise donne de l'argent aux chauffeurs pour les payer. Ils travaillent le soir jusqu'à 18 heures ou 19 heures, déchargeant les bouteilles des clients et collectant les bouteilles consignées. Aucun chariot élévateur n'est utilisé pour charger ou décharger les bouteilles vides ou pleines, tout est fait manuellement.

L'UITA a régulièrement porté ces violations à l'attention de TCCC. Pourtant, l'entreprise n'a presque rien fait pour s'assurer que l'embouteilleur était amené à respecter les normes internationales en matière de droits humains ni même la politique relative aux droits des employé-e-s sur les lieux de travail de TCCC. Il est plus que temps pour TCCC de prendre les mesures qui s'imposent pour mettre un terme à ces violations des droits humains et à rétablir les droits des dirigeants syndicaux et des employés licenciés, ainsi que de reconnaître et de négocier avec SYTBRACOUR en Haïti.

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