UITAUnit les travailleurs de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de l'hôtellerie du monde entier L’équipement de protection individuelle (EPI) est nécessaire mais ne constitue pas une solution
Inséré sur le site web de l'UITA le 10-Mar-2006 Envoyer cet article à une connaissance.
La présente fiche d’information ne vise pas à donner des informations techniques sur le type d’EPI requis par les travailleurs/euses à risque d’exposition au virus de la grippe aviaire. Les travailleurs/euses doivent obtenir ces renseignements des autorités gouvernementales appropriées par l’entremise de leurs syndicats.
Les travailleurs/euses de l’agriculture et de l’alimentation doivent avoir accès à l’équipement de protection individuelle (EPI) permettant de réduire les risques associés aux risques biologiques comme la grippe aviaire (H5N1). Les travailleurs/euses peuvent être infectés/es par contact direct avec le sang, les fèces ou les liquides corporels des oiseaux infectés. Cela signifie des gants adéquats (gants jetables légers en nitrile ou en vinyle, ou gants épais en caoutchouc pouvant être désinfectés).
Nous savons également que les travailleurs/euses peuvent être infectés/es par le virus de la grippe aviaire par inhalation de particules de poussières contaminées par les fèces des oiseaux infectés. Cela signifie que des appareils respiratoires purificateurs d’air doivent être portés par les travailleurs/euses afin de réduire les risques d’infection. Les travailleurs/euses ont également besoin d’une protection oculaire adéquate, comme des lunettes de sécurité à coque à ventilation indirecte, afin de les empêcher d’avoir de la poussière dans les yeux.
La véritable question reste toutefois la suivante : si l’employeur fournit les masques, les gants et les bottes, les travailleurs/euses sont-ils en sécurité? La réponse est non, et il y a à cela six raisons:
- Des EPI spécifiques doivent être utilisés pour certains risques de travail. Si les travailleurs/euses reçoivent le mauvais type de gants ou de masques, ils/elles ne seront pas protégés/es. L’EPI doit également être ajusté et utilisé correctement. Cela signifie que l’EPI doit être adapté à chaque travailleur/euse. Nous n’avons pas tous la même taille et la même morphologie; l’EPI doit être adapté en conséquence.
- Les travailleurs/euses doivent recevoir une formation complète sur l’utilisation correcte de l’EPI. Sans une formation adéquate, l’EPI est inefficace; la santé et la sécurité des travailleurs/euses sont menacées.
- Les conditions de travail doivent changer. Les longues heures de travail, l’absence de pauses ou de temps pour l’hygiène personnelle, les heures supplémentaires forcées, la vitesse des chaînes de production, les pressions du travail à la pièce, l’absence de congés de maladie, l’obligation de travailler même malade et l’épuisement ne sont que quelques exemples de conditions de travail qui empêchent une utilisation efficace et sûre de l’EPI.
- Dans plusieurs pays, la chaleur rend très difficile l’utilisation efficace de l’EPI. Selon la Fiche d’information 17 de l’UITA/OIT sur l’EPI, … l’utilisation de l’EPI sous un climat chaud peut être très inconfortable pour le travailleur. Par exemple, l’utilisation d’une visière complète et d’une combinaison en plein soleil durant la saison chaude peut être à peu près impossible. Elle peut entraîner la déshydratation, des maux de tête et même une perte de conscience.
- L’EPI ne constitue qu’une ligne de défense de dernier recours pour protéger les travailleurs/euses contre la poussière. La réduction de l’exposition à la poussière potentiellement dangereuse exige la présence de systèmes de ventilation efficace dans les milieux de travail. Il existe toutefois à travers le monde de nombreuses installations employant des travailleurs/euses avicoles ne disposant pas même d’un système de ventilation de base afin de réduire l’exposition à la poussière. Même lorsqu’il existe des systèmes de ventilation, ils ne sont pas conçus pour diminuer l’exposition des travailleurs/euses. L’installation de systèmes de ventilation adéquats doit donc être une priorité.
- L’EPI ne protège que les travailleurs/euses qui le portent. Si d’autres ne le portent pas, tout le monde est à risque. Cela est particulièrement vrai dans le cas de la grippe aviaire. Il y a un risque que le virus se combine avec d’autres types de grippe humaine dont pourraient être atteints/tes les travailleurs/euses et subisse une mutation qui lui permettrait de se transmettre de personne à personne. Cela n s’est pas encore produit, mais le risque n’en demeure pas moins très réel. L’EPI seul ne suffit donc pas. Les conditions de travail doivent changer et des mesures doivent être prises pour contenir le virus et l’empêcher de se répandre.
Il faut se rappeler que l’EPI n’est pas uniquement un enjeu technique, c’est surtout un enjeu de négociation collective. Les travailleurs/euses doivent négocier afin de faire en sorte que :
- des systèmes de ventilation appropriés soient installés et utilisés correctement;
- l’EPI soit approprié à la protection contre la grippe aviaire;
- une formation soit donnée sur l’utilisation de l’EPI;
- l’EPI fourni soit ajusté pour chacun/e des travailleurs/euses;
- les pièces de rechange (comme les filtres des respirateurs) soient disponibles;
- le coût de l’EPI ne soit pas déduit du salaire des travailleurs/euses;
- l’EPI jetable soit éliminé de façon sûre et qu’il ne soit pas réutilisé;
- l’EPI réutilisable soit nettoyé et désinfecté;
- les désinfectants soient clairement étiquetés et que les travailleurs/euses soient formé/es à leur utilisation;
- des installations de lavage des mains et des désinfectants pour les mains soient fournis;
- la vitesse des chaînes soit réduite afin de permettre l’utilisation de l’EPI;
- des périodes de repos et des pauses d’hygiène personnelle (p.ex. lavage des mains) soient accordées et que les heures de travail soient conformes aux lois.
Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux enjeux concrets que les travailleurs/euses doivent négocier avec les employeurs à l’égard de l’utilisation de l’équipement de protection individuel. Ils doivent toutefois s’inscrire dans un ensemble de mesures beaucoup plus complet visant à réduire le risque d’exposition au virus de la grippe aviaire. Pour y arriver, les travailleurs/euses doivent être organisés/es, leurs représentants/tes doivent être informés/es et la question de l’EPI doit être abordée dans le cadre d’un ensemble plus large de mesures de sécurité nécessaires dans le milieu de travail. Pour que ces mesures de sécurité soient efficaces, les travailleurs/euses ont besoin de syndicats, et les syndicats doivent négocier afin de faire en sorte que toutes les mesures appropriées soient prises pour protéger le droit des travailleurs/euses à la santé et à la sécurité.
Pour plus d’informations, veuillez vous reporter au document (en anglais) Fact Sheet 17: Personal Protective Equipment (PPE) tiré IUF-ILO Health, Safety and Environment: A Series of Trade Union Education Manuals for Agricultural Workers (2004).