"Nestlies" (les mensonges de Nestlé) et la Convention 98
Du 12 au 15 octobre, le Bureau des activités pour les travailleurs de l'OIT a organisé un colloque autour du thème «Célébration du 60ème anniversaire de la convention n° 98: Le droit d'organisation et de négociation collective au XXIème siècle». La convention 98 de l'OIT (droit d'organisation et de négociation collective), adoptée en 1949, est l'une des conventions fondamentales de l'OIT, qui, en tant que telles, sont considérés comme contraignantes pour tous les États Membres de l'OIT, qu’ils les aient ou non expressément ratifiées. La Convention établit, en droit international, les droits des travailleurs/euses à organiser des syndicats et à négocier collectivement avec les employeurs par le biais de ces syndicats. L'Indonésie a ratifié la Convention 98 en 1957.
Depuis plus de deux ans et demi, le SBNIP, affiliée de l'UITA à l'usine Nescafé de Panjang, en Indonésie, essaie de négocier une nouvelle convention collective qui comprenne les salaires et une échelle salariale. Nestlé a rejeté cette revendication, sous prétexte que les salaires sont un secret commercial, et rétorque au syndicat que Nestlé a pour politique d'exclure les salaires de la négociation collective.
L'UITA a, quant à elle, rappelé à plusieurs reprises que de nombreux syndicats de Nestlé négocient effectivement les salaires et qu’une campagne, qui a duré toute l’année 2007-2008, et qui vient de se terminer en Russie, a abouti à une victoire de l'Union, précisément autour de cette même question: une convention collective qui comprend, pour la première fois, les salaires et l'échelle salariale. Le syndicat de Nestlé en Malaisie a même envoyé un représentant à Panjang, afin de montrer la convention collective malaisienne, qui comprend les salaires. Ainsi, la prétendue politique mondiale de Nestlé sur les salaires n’est qu’un mensonge : le même mensonge qui a été opposé naguère au syndicat Russe. "Nestlies".
L’imagination dont fait preuve Nestlé dans son interprétation du champ d’application de la négociation collective a incité l'UITA (comme elle l'avait fait avec succès dans le cas de Nestlé Russie) à déposer plainte contre Nestlé, pour violation des Principes directeurs de l’OCDE à l'intention des entreprises multinationales, auprès du point de contact national suisse (le secrétariat d'État à l’économie - SECO), responsable de la mise en œuvre des lignes directrices. La plainte déposée, pour refus de s'engager dans des négociations constructives et de fournir des informations nécessaires à la négociation collective, a été jugée recevable au titre des lignes directrices. Actuellement, l'UITA coopère étroitement à l’enquête menée par le PCN sur l’affaire.
Nestlé se dit désormais prête à coopérer avec le PCN, et disposée à négocier les salaires, pour autant qu’un syndicat d'entreprise, créé dans un hôtel de luxe de Lampung il y a deux ans, aux frais de Nestlé, puisse prendre part au «processus». Dans l'intervalle, alors que la procédure auprès de l'OCDE suit son cours, et que les deux parties sont censées chercher une solution, l’entreprise s'est adressée au tribunal du travail local, afin qu’il
prononce un ultimatum, enjoignant au SBNIP de signer la convention collective unilatéralement proposée par la compagnie : une convention collective qui ne comprend pas les salaires.
L'UITA a accompagné le président du SBNIP, Eko Sumaryono, au colloque de l'OIT, pour réfléchir aux implications du refus de la plus grande entreprise agro-alimentaire au monde de négocier une convention collective, dans le contexte de la célébration du 60ème anniversaire.
Eko n'a pas eu besoin de nouveaux arguments, car le document d'information, préparé par l'OIT en vue de la réunion, ne laisse pas de place au doute: les salaires sont au cœur du processus de négociation collective:
Les salaires, en particulier, sont au cœur de la négociation collective et justifient, dès lors, que des négociations régulières aient lieu, afin d’adapter la rémunération en fonction du coût de la vie et de la situation économique.
Le document de travail de l'OIT énonce aussi clairement que lorsque les employeurs recourent unilatéralement à l'arbitrage obligatoire de l'État (comme le recours fait par Nestlé au système judiciaire, afin d'éviter la négociation collective avec le syndicat de Panjang), ils violent également la convention 98. Les multiples violations commises par Nestlé contre les droits de négociation collective des travailleurs Nescafé et de leur syndicat, ne font pas de doute.
Pourtant, Nestlé répond aux lettres de protestation de nos affiliées, et aux questions des médias, en disant que le PCN suisse a confirmé que la société n'a violé aucun des principes directeurs de l'OCDE. "Nestlies" encore. Lorsque le processus fonctionne comme il se doit, le PCN reçoit une communication, l’évalue au fond, et ensuite, s’il la considère recevable, il tente de rapprocher les deux parties pour parvenir à une solution négociée. Le processus est spécifiquement conçu pour éviter une décision de justice, que les principes directeurs de l'OCDE aient été ou non violés, car il s'agit d'une procédure non judiciaire. Dans le cas où une entreprise refuse de prendre part aux négociations pour résoudre un différend, le PCN peut envisager de lancer une enquête officielle. Le cas de Nestlé à Panjang n'est pas arrivé à ce stade, parce que Nestlé (bon citoyen corporatif) prétend participer au processus (tout en favorisant un syndicat d'entreprise et en s’efforçant de marginaliser et d’évincer le SBNIP).
Nestlé répand de fausses informations sur la situation à Panjang et sur les mesures prises à ce jour par les fonctionnaires du gouvernement suisse pour donner suite à la plainte OCDE de l'UITA.
Des mensonges et encore des mensonges. "Nestlies"....