La Nespression fait un retour en Indonésie avec le licenciement massif de membres syndiqués

La direction de l’usine Nescafé de Panjang a licencié 53 des 87 membres de notre affiliée SBNIP (on leur a en fait remis une « lettre de démission ») après que le syndicat a organisé une grève pour appuyer ses demandes de négociations collectives. Cette grève était le résultat prévisible de cinq années de profonde frustration.
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Le 31 mars de cette année, SBNIP et la direction locale de Nestlé ont signé un accord (paraphé par l’UITA et la direction générale de Nestlé le 28 mars) qui permettait enfin au SBNIP de négocier une convention collective au nom des travailleurs/euses de l’usine de Panjang, y compris la négociation des salaires, ce que la direction de Nestlé refusait avec insistance depuis plusieurs années.
Les négociations ont été difficiles et ont finalement abouti à une impasse lorsque le syndicat a contesté l’énorme écart entre les salaires proposés au sein de chaque catégorie d’emploi, un écart qui du point de vue du syndicat n’est pas conforme à la législation. En raison de l’impasse des négociations, le syndicat a émis un préavis de grève conformément à la loi et les membres du SBNIP – qui représente la majorité des travailleurs/euses syndiqués/es de l’usine – ont cessé le travail le 21 septembre, en occupant pacifiquement le site pour s’assurer qu’aucun produit ne quitte l’usine.
La direction a réagi en déclarant que la grève était illégale et ordonnant la reprise du travail. Au cours de la grève, les travailleurs/euses ont reçu des appels téléphoniques et deux lettres – des lettres de la société, dont Nestlé dit aujourd’hui qu’il s’agissait d’assignations à comparaître.
Alors que les tensions devenaient plus vives, les travailleurs/euses ont quitté l’usine le 26 septembre, occupant brièvement le stade de football (dans l’enceinte du site) en signe de leur bonne foi en la tenue de négociations prévues pour le lendemain.
Mais le lendemain, tandis que le syndicat annonçait une reprise de travail sous réserve de l’issue des négociations, la direction locale ne s’est pas présentée à la réunion prévue.
Après cette rebuffade provocante, la grève a repris le 28 septembre, et le syndicat a prévenu qu’une extension de la grève était possible si nécessaire.
La grève a trouvé un écho suffisant dans les médias pour qu’une délégation du Parlement de la province se rende à Panjang le 3 octobre et demande à rencontrer les membres syndiqués sur le site. La direction de Nestlé Panjang a rejeté cette demande.
Le matin du 5 octobre, le département local du Travail a invité le SBNIP et la direction locale à une médiation, mais la direction n’a envoyé que des représentants subalternes qui n’étaient pas autorisés à prendre de décisions dans le cadre de la médiation. Le syndicat comptait de son côté sur cette médiation pour faire valoir qu’il ne pouvait signer un accord dont les clauses contrevenaient aux recommandations du gouvernement et qu’il était donc virtuellement illégal. À l’issue du processus de médiation, le syndicat a accepté de mettre fin à la grève à 13h le même jour et un mémorandum préparé et certifié par le département du Travail a été signé par le président du syndicat, Eko Sumaryono, et le représentant de la direction. De façon significative, il n’est pas fait mention dans ce document d’une quelconque « illégalité » de la grève du 21 septembre au 5 octobre.
La grève a pris fin à 13h conformément à l’accord et lors de deux conversations téléphoniques entre le syndicat et la direction locale, à 18h27 et 19h52, les deux parties ont convenu de se rencontrer le lendemain matin, le 6 octobre, pour discuter de l’éventualité de signer enfin la convention collective. Mais à partir de 22h le soir du 5 octobre, la direction a commencé à licencier massivement les membres du SBNIP.
Lorsque la grève a pris fin comme convenu le 5 octobre, les membres syndiqués de la deuxième équipe se sont présentés au travail à 14h, et bien que la direction n’avait pas encore redémarré les machines, ils ont terminé leur vacation. Mais lorsque les membres syndiqués sont arrivés pour la troisième période de travail à 22h, ils se sont retrouvés face à un cordon de gardes de sécurité au portail de l’usine, avec des forces de polices anti-émeutes, prêtes à intervenir, dans l’enceinte du site. Les gardes de sécurité ont appelé les membres syndiqués par leur nom, ont remis à chacun une lettre de « démission » et leur ont demandé de s’en aller. Les mêmes lettres ont été envoyées à leur domicile. Des dizaines de lettres identiques ont été envoyées le 6 octobre.
Cette réaction brutale de la direction intervient après que le conflit social ait été résolu sous les auspices du département du Travail et que la grève se soit terminée conformément au mémorandum signé entre la société et le syndicat. De manière plus incroyable encore, la direction a poursuivi ses licenciements massifs, même après que le syndicat ait convenu de signer la convention collective. Cette mauvaise foi extrême de la part de la société révèle sa détermination à écraser le syndicat que le conflit soit résolu ou non. Ces mesures de rétorsion ne sont pas liées à la grève – elles sont l’aboutissement des tentatives faites pendant cinq ans par la direction de Panjang de détruire un syndicat qui a osé faire valoir ses droits de négociation collective. (Voir Ce que Nestlé ne veut pas que vous sachiez : la vérité au sujet de la grève de Panjang.
Pour affirmer leur refus de cette « démission » forcée massive et pour faire part de leur détermination à être réintégrés, les membres syndiqués injustement licenciés ont retiré les indemnités de licenciement, qui avaient été automatiquement versées sur leur compte bancaire le 5 octobre, pour pouvoir les rendre à la direction. Le 7 octobre, lors d’une réunion entre représentants de la direction et du syndicat, convoquée par une commission parlementaire locale, les représentants syndicaux ont remis ces indemnités aux représentants de la direction. Déconcertés par cette action, ceux-ci ont refusé de prendre l’argent et sont partis.
La grève de Panjang a été une réaction compréhensible aux années de lutte menées pour exercer le droit à former un syndicat indépendant et à négocier collectivement avec l’une des sociétés les plus puissantes au monde. La direction locale a délibérément attisé la frustration accumulée, et organisé une série d’événements qu’elle tente d’exploiter pour saper des années de lutte dans un pays où les travailleurs/euses ne peuvent toujours pas exercer leurs droits fondamentaux.
Le 31 octobre, le syndicat a réuni tous les employés/ées licenciés/ées, qui ont organisé un piquet à l’entrée du site toute la journée pour exiger la réintégration de tous les membres licenciés suite à la grève. Ils sont revenus aux portes d’entrée chaque jour pour montrer leur détermination. Des actions locales et nationales de soutien impliquant d'autres syndicats sont prévues.
Halte à la Nespression !
Cliquez ici pour envoyer un message à la direction de Nestlé ! Dites à la direction générale de Nestlé à Vevey que la direction locale à Panjang doit réintégrer sans conditions les membres du SBNIP licenciés et entamer des négociations de bonne foi qui n’ont que trop tardé !