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La « Nouvelle réalité » de Nestlé ressemble fortement à l’ancienne – exploiter les travailleurs/euses pour gagner plus

30 March 2012 News
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Le Rapport annuel de Nestlé pour 2011, qui commence par la désormais familière lettre aux « chers actionnaires », cherche à faire partager aux lecteurs (qui sauteront sans doute la présentation pour consulter les chiffres) les préoccupations du groupe concernant une « Nouvelle réalité ».

Mais pour les travailleurs/euses, la Nouvelle réalité ne semble en rien différente de l’ancienne, caractérisée par des attaques contre les droits syndicaux permettant de générer des bénéfices, distribués sous forme de dividendes aux investisseurs.

Cette « Nouvelle réalité », selon Nestlé, « se caractérise par l’agitation politique, l’incertitude économique, une croissance morose dans les marchés développés, une forte volatilité dans les marchés de matières premières, de change et boursiers… mais aussi par une croissance dynamique dans les marchés émergents, une richesse accrue, des changements radicaux dans la technologie et la communication numérique, des nouveaux marchés, des nouveaux moyens d’atteindre les consommateurs ainsi que par une augmentation du nombre de ces derniers ».

Mais un examen plus attentif des chiffres, ajustés au taux de change, montre que la croissance dynamique s’opère surtout dans un domaine : celui des dividendes. Le conseil d’administration de Nestlé a recommandé une augmentation de 5,4 pour cent des dividendes, qui passeraient de CHF 1,85 à 1,95. Nul doute que les actionnaires accueillent favorablement cette proposition lors de l’assemblée générale des actionnaires en avril prochain. Cette hausse intervient à la suite de la nette augmentation du dividende par action de 2010, passé de 1,60 à 1,85. Si l’on y ajoute les rachats d’actions par le groupe au cours des dernières années, à hauteur de dizaines de milliards de francs suisses, il est clair que Nestlé redistribue plus rapidement la croissance des bénéfices que la croissance de quoi que ce soit d’autre.

Dans un article du Financial Times publié le 16 février, et judicieusement intitulé « Nestlé, sous l’emballage » (Nestlé : peeling back the wrapper), un journaliste a indiqué que « l’an dernier, le chiffre d’affaires du groupe a décliné d’un cinquième, à l’exclusion des cessions. L’insistance démontrée par Nestlé à augmenter le dividende par action signifie que la distribution des dividendes s’élève maintenant à 60 pour cent du cash flow d’exploitation, soit deux fois le niveau d’il y a quatre ans (c’est nous qui soulignons). Voici le véritable moteur de la « croissance dynamique ». Mieux manger, mieux vivre, dividendes considérables.

L’expansion de Nestlé a toujours reposé sur une adaptation flexible à des environnements légaux et réglementaires qui sont souvent moins que stricts dans l’application des normes internationales, dont les normes internationales du travail. Le rapport annuel de Nestlé informe également les lecteurs que le groupe reconnaît le Cadre des Nations unies pour les droits de l’homme et les entreprises. En fait, Nestlé n’a pas vraiment le choix – ce Cadre a été intégré aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. « Notre programme de diligence raisonnable en matière des droits de l’homme comporte des évaluations des risques et des conséquences, des formations et un suivi. Il est coordonné par notre groupe de travail en matière des droits de l’homme ».

La situation à l’usine laitière de Nestlé à Kabirwala, Pakistan, qui fonctionne grâce à l’exploitation sordide de plusieurs centaines de travailleurs temporaires (qualifiés de « prestataires » par la société) a pourtant échappé à cet obscur groupe de travail. Les travailleurs sont employés par l’usine sur la base de « pas de travail, pas de salaire », et effectuent le même travail que les employés directs pour seulement une fraction du salaire et des indemnités.  L’évaluation des risques en matière des droits de l’homme ne semble pas avoir tenu compte du risque pris par la direction lorsqu’elle a licencié plusieurs centaines de ces travailleurs qui avaient fait valoir leurs droits légaux, qu’elle a ignoré et violé à plusieurs reprises les décisions de la Cour et criminalisé l’action en justice des travailleurs contre la société, qui sont aujourd’hui confrontés à des poursuites pénales initiées par la police.

Pendant des années, l’affiliée de l’UITA de l’usine Nescafé de Panjang s’est vue refuser le droit de négocier les salaires. L’an dernier, la société a finalement accepté que les salaires entrent dans le cadre des négociations collectives. Lorsque les négociations se sont trouvées dans l’impasse et que le syndicat a décidé de faire grève, la direction a licencié 53 membres syndiqués de manière arbitraire et vindicative – après qu’un accord mettant fin à la grève ait été signé et alors que les travailleurs avaient repris le travail !

L’évaluation des risques en matière des droits de l’homme n’a pas relevé ces violations des droits et autres abus de longue durée, et semble se satisfaire des réactions brutales des directions locales lorsque ces abus sont portés à la connaissance de la société. Pour les travailleurs/euses de Nestlé, la nouvelle réalité ne se distingue en rien de l’ancienne : gagner plus signifie piétiner leurs droits.

Combien d’autres « risques » pour les droits sont encore camouflés dans le système Nestlé ? Ne demandez pas au groupe de travail en matière des droits de l’homme, ou aux audits internes de Nestlé de répondre à cette question. Les investisseurs seraient bien avisés d’étudier sérieusement ce problème.