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Une grève visant à protéger 300 emplois dans la plus grande brasserie d’AB INBEV en Belgique prend fin suite à une médiation après 14 jours

27 January 2010 News
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Le 10 janvier 2010, la direction d’AB InBev annonçait son intention d’éliminer 10 % de son effectif restant de 8 000 personnes en Europe de l’Ouest, blâmant la baisse de la consommation de bière et le besoin de devenir "plus légère et plus souple". La décision entraînerait 263 pertes d’emplois en Belgique (sur un effectif total de 2 700), 386 en Allemagne (sur 3 000) et un nombre encore non spécifié en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. La société entend également fermer sa brasserie du Luxembourg et un centre de distribution à Bruxelles.

Les travailleurs/euses d’AB InBev en Belgique et leurs syndicats ont unanimement rejeté le plan de la direction et entrepris de lutter pour ces emplois. Les piquets de grève ont bloqué l’accès aux brasseries de Jupiler et de Louvain depuis le 8 janvier, empêchant les camions d’entrer à l’usine ou d’en sortir. Le jour de l’annonce, un groupe de travailleurs/euses de la brasserie de Jupiler a retenu dix gestionnaires dans une longue séance de négociation de 11 heures, exigeant de pouvoir parler à des représentants de la direction générale et demandant que les suppressions d’emplois soient annulées avant d’accepter de mettre fin à la séance, à 2 h le lendemain matin.

Une délégation syndicale de 40 travailleurs/euses s’est rendue au château où habite Philippe de Spoelberch, l’un des plus anciens actionnaires d’Interbrew, afin de lui demander de faire pression sur la direction d’AB Inbev pour qu’elle retire sa décision de supprimer les emplois.

AB InBev a obtenu une ordonnance d’un tribunal afin de mettre fin au blocus mais choisi de ne pas s’en prévaloir, afin de ne pas aggraver une situation déjà tendue.
En raison d’un piquetage réussi et dans le contexte d’une menace de grève nationale, les marques Stella Artois, Jupiler et Hoegaarden ont disparu des pubs et des étalages des magasins.

Après l’échec d’une médiation par le gouvernement belge le 19 janvier, une troisième tentative a enfin réussi le 21 janvier. L’accord intervenu entre AB InBev, les syndicats belges et les médiateurs gouvernementaux comprend le retrait du plan de restructuration actuel, précise que les travailleurs/euses recevront leur salaire des 21 et 22 janvier et fixe le cadre de négociation d’un plan industriel pour AB InBev en Belgique. Si les travailleurs/euses acceptent l’accord, les piquets de grève devraient être levés dans l’après-midi du 22 janvier. Il s’agit d’une victoire importante pour les syndicats d’AB InBev en Belgique, mais tout n’est pas terminé. "Nous avons remporté une bataille, mais pas la guerre", a déclaré Luc Gysemberg, du syndicat CSC.

Les travailleurs/euses d’AB Inbev en Europe sont une espèce menacée. En novembre 2009, AB InBev a vendu 11 brasseries en Europe de l’Est – un groupe qui s’appelle maintenant "StarBev" - au fonds d’investissement privé CVC Capital Partners pour USD 2,231 millions.

AB InBev est issue de l’acquisition en 2008 du brasseur nord-américain Anheuser-Busch par le conglomérat belgo-brésilien InBev. Le brasseur mondial produit certaines des bières les plus vendues au monde, dont Stella Artois, Budweiser, Leffe, Jupiler et Hoegaarden. Le marché des États-Unis génère actuellement près de 40 % des ventes totales d’Ab InBev, qui est aussi propriétaire de la brasserie Labatt au Canada.