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Un travailleur de Roquette USA atteint d’un cancer en phase terminale que les médecins disent lié à son emploi

10 May 2011 Urgent Action
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Conrad Fedler souffre d’un cancer des poumons inopérable en phase terminale. Il a travaillé à l’usine de Roquette USA à Keokuk, en Illinois, de 1996 à juin dernier, alors que sa maladie l’a obligé à prendre un congé d’invalidité. Le 28 septembre 2010, jour où la société a mis en lockout des centaines de travailleurs/euses syndiqués/es parce qu’ils/elles insistaient pour négocier une convention collective, Roquette a augmenté les primes de son régime d’assurance maladie de plus de mille dollars par mois, les faisant passer de USD 380 à USD 1 467 par mois.

Selon un article publié dans le quotidien de l’Iowa Hawkeye, « les médecins ont annoncé à Fedler que la poussière et les odeurs avec lesquelles il avait dû composer sur une base quotidienne chez Roquette pourraient être responsables de son cancer du poumon ».

Fedler a commencé ses 15 années chez Roquette dans le secteur du maïs, des solides et des édulcorants, transformant l'édulcorant du liquide en poudre, avant d’emballer la poudre à la main. Selon l’article du Hawkeye, « Sans automatisation à l’époque, Fedler estime qu’il manipulait 16 500 kilogrammes d'édulcorant en poudre dans un quart de huit heures, habituellement sous la forme de sacs de 22,5 kg. »

L’article poursuit ainsi : « En mars 2000, Fedler a été transféré au service du séchage/évaporation des germes, où le germe est retiré du maïs et envoyé dans des séchoirs. Le produit fini est une fine poudre de teinte jaune, soufflée dans des wagons de chemins de fer et expédié à notre client Archer Daniels Midland.

« La salle de contrôle était couverte de poussière », explique-t-il.

Il y avait toujours de la poussière en suspension dans l’air malgré la présence des ventilateurs et même lorsque personne ne travaillait. Un ventilateur a déjà été en panne pendant six mois. Il y avait aussi deux odeurs dans le service ou travaillaient cinq hommes sur trois quarts de travail. Dans la partie la plus ancienne de l’usine Roquette, l’odeur du dioxyde de souffre était la plus présente.

La deuxième odeur provenait d’un détergent caustique, un nettoyeur liquide utilisé pour les sept évaporateurs du service. Les évaporateurs étaient nettoyés toutes les 124 heures à l’aide du nettoyant. Le liquide repose dans un réservoir ouvert, de 1,80 m de haut et de 3 m de large.

« Il vous transperce la peau, dit Fedler du nettoyant. Vous n’arrêtez pas de le respirer. »

Le détergent est réputé contenir un produit chimique cancérigène. Il indique qu’il y a à peine cinq ans que Roquette a mis des appareils respiratoires à masque complet à la disposition de ses employés, mais leur utilisation n'était obligatoire que pour une seule tâche.

Alors que le lockout entre dans sa septième semaine, l’ancien poste de Fedler dans le service de l’évaporation est assuré par des scabs fournis par une entreprise de l’Ohio, « Last, Best & Final » (qui se spécialise dans la fourniture de personnel de remplacement durant les conflits de travail), ou peut-être par des travailleurs/euses provenant des usines non-syndiquées de Roquette en Illinois. Peut-être même par des cadres de la société. Personne ne le sait, puisque les membres du syndicat ne sont pas autorisés/es à entrer dans l’usine.

Depuis le lockout, Roquette a publié une offre d’emploi pour un « Gestionnaire du leadership en matière de sécurité », qui aura pour tâche de mettre en œuvre un « changement de culture à l’échelle de la société vers la sécurité individuelle fondée sur les comportements. »

La « sécurité basée sur les comportements » est un concept qui a d'abord été mis en place par l’industrie de l'assurance aux États-Unis dans le but de réduire la responsabilité des entreprises et donc les indemnités versées. Le concept a ensuite été poussé plus loin par le géant de l’industrie chimique DuPont (« Mieux vivre grâce à la chimie »).  L’idée consiste à détourner l’attention de l’organisation du travail, des méthodes et des matières pour situer le blâme chez le travailleur individuel. Selon cette approche, ce sont les comportements non sécuritaires, plutôt que les risques dans le milieu de travail, qui sont à l’origine des maladies, des accidents et des blessures qui surviennent au travail.

Dans la sécurité basée sur les comportements, les accidents découlent de défaillances individuelles : Vous n’avez pas besoin d’un programme complet de santé et sécurité au travail ou d’un comité syndical de santé et sécurité au travail incitant les travailleurs/euses à recenser les risques et à travailler avec leur syndicat pour les éliminer.

La sécurité basée sur les comportements n’aurait pas empêché Jeff Fedler de souffrir les affres du cancer du poumon ou du fardeau de l’augmentation des primes d'assurance maladie pour payer les coûteux traitements de chimiothérapie, dans le but de rester en vie assez longtemps pour assurer la subsistance de sa veuve. En sécurité basée sur les comportements, les travailleurs/euses sont pénalisés s’ils rapportent les accidents de travail ou les maladies industrielles : L’objectif pour la société est d’atteindre la cible « zéro accident » tant recherchée. Des bonis sont liés à l’atteinte de l’objectif et les travailleurs/euses sont encouragés/es à recevoir des soins individuels en dehors du régime de protection au travail. Les employés peuvent faire l’objet d’un dépistage médical pour déterminer leur propension alléguée à des « comportements non sécuritaires ». Un cancer? Blâmons la victime… Blâmons la victime…

Les travailleurs/euses de Roquette ont besoin d’une convention collective syndicale et d’un comité syndical de santé et sécurité au travail. Roquette tente de détruire le syndicat. C’est pourtant la même société qui a obtenu en 2009 les prix de « L’économie responsable » et des « Bonnes pratiques environnementales »  accordés par le Réseau Alliances de France (pour la responsabilité sociale et environnementale), suivis en février 2010 par le prix du « Meilleur premier rapport sur le développement durable » de l’Association nationale des comptables agréés!

Les membres de BCTGM ont maintenu un piquet d’information devant l’usine de Keokuk depuis le 28 septembre 2010, à travers les froids glacials de l’hiver et les chutes de pluie et les inondations que nous voyons actuellement. Malgré des appels répétés et publics à la reprise des négociations de bonne foi et la fin du lockout, Roquette ne montre aucune volonté d’entre prendre des négociations de bonne foi.  Vous pouvez appuyer les travailleurs/euses de Roquette – cliquez ici pour envoyer un message à la société pour exiger la fin du lockout et le début de véritables négociations.