UITA / Nouvelles de l'UITA sur les Femmes au travail

Elles pensaient que les syndicats étaient contre tout

Assétou Esperance Traoré est chargée des questions d'égalité au SYNTETH, un syndicat qui organise les travailleurs/euses des secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et de l’environnement du Burkina Faso. Ce dernier secteur comprend les forêts et les ressources en eau. Assétou est également présidente du comité femmes établi entre les cinq affiliées de l’UITA au Burkina Faso.

Entre août et octobre 2005, le comité femmes du Burkina Faso a organisé trois conférences sur le thème «Les femmes, la santé et l’environnement », qui ont débouché sur 150 nouvelles adhésions, explique Assétou.

«En juillet 2005, j’ai participé à une conférence sous-régionale pour les femmes où nous avons élaboré des plans de recrutement syndical pour chaque pays. Lorsque je suis retournée au Burkina Faso, j’ai proposé aux autres affiliées de l’UITA du pays de former un comité femmes regroupant les comités femmes de chacun des cinq syndicats, et leurs membres m’ont ensuite élue présidente.

Nous nous sommes demandées: «Comment pouvons-nous recruter davantage de femmes? Qu’est ce qui les intéresse le plus?». Nous avons donc décidé d’organiser une série de conférences sur « les femmes, la santé et l’environnement». Ce sont ces questions-là qui intéressent le plus les femmes. Nous pensons que les femmes se préoccupent plus que les hommes de l’environnement, de vouloir le maintenir propre, sûr et sain. Même sur le lieu de travail, on peut voir que les femmes nettoient davantage. Mais l’environnement n’est pas seulement le lieu de travail, c’est surtout la nature qui nous entoure.

Deux conférences ont eu lieu à Ouagadougou, la capitale, et une à Bobo. À chaque conférence, une femme spécialiste des questions environnementales a été invitée à s’exprimer dans la matinée et l’après-midi, nous posions la question: «Comment les syndicats peuvent-ils contribuer à résoudre ces problèmes?».

La réaction des femmes était très intéressante. Plusieurs m’ont par exemple dit:«Je ne savais pas que les syndicats s’occupaient de ce genre de chose. Je pensais qu’ils s’opposent surtout à différentes choses, qu’ils disent non à quiconque est au pouvoir ».

Il est vrai qu’autrefois les syndicats ne s’intéressaient pas à ces questions. Mais aussi, si nous avions dit qu’il s’agissait d’une «conférence syndicale», peu de femmes seraient venues. En rassemblant des femmes pour discuter de questions qui leur tiennent à cœur, nous avons eu beaucoup plus de succès. En tout, ces trois conférences ont permis de recruter 150 nouveaux membres.

Nous sommes préoccupées, par exemple, par une invasion désastreuse de sacs plastiques, qui ne se dégradent pas et nuisent gravement aux cultures. Certains sont cancérigènes et pourtant les travailleurs/euses les utilisent pour transporter leurs repas. Ils sont parfois utilisés pour allumer des feux, alors que la fumée est toxique. Nous avons étudié de quelle manière travailler avec des femmes de l’économie informelle pour recycler les sacs plastiques en objets utiles, qui pourraient générer un revenu.

Un autre problème important est la transformation des arbres en combustible, entraînant le remplacement des forêts par des déserts. Une experte a présenté un exposé sur la manière d’économiser le bois en améliorant les chauffages et les fours dans les maisons.

Nous avons également envisagé comment parler de la ménopause sur le lieu de travail et l’inclure dans les négociations collectives. De nombreuses femmes refusent d’en parler et peuvent tout ignorer de la question. Elles refusent même d’aller chez le médecin pour parler de la ménopause, qui peut pourtant être source de difficultés au travail. Nous en avons fait un thème des conférences et nous avons distribué des tracts sur ce sujet.

Depuis les conférences, nous avons tenu une réunion avec 40 des nouveaux membres pour discuter de leurs problèmes et de ce qu’elles sont en droit d’attendre des syndicats. Je leur rendrai également compte à la suite de la réunion régionale de l’UITA pour l’Afrique à Lusaka en juillet 2006».

Interview réalisée par Cecilia Mather, Lusaka, 4 juillet 2006.